Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/103

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
95
ESCAL-VIGOR

bornes que Blandine y avait surprise et qui l’avait conjurée pour la vie, cette navrance comparable aux affres d’une bête acculée, d’un supplicié montant à l’échafaud, ou mieux encore au regard à la fois sinistre et sublime d’un Prométhée ravisseur du feu défendu.

Généreux jusqu’à la prodigalité, passionné pour les causes justes, révolté par les vilenies de la multitude, sensible à l’excès, il en arrivait à ne plus admettre la contradiction et à s’emporter contre quiconque s’avisait de le contrarier. Ainsi, un jour que Blandine voulait lui reprendre un gentil enfant de pauvres gens venus en visite chez Mme de Kehlmark, et pour lequel Henry s’était pris de tendresse, il s’oublia jusqu’à poursuivre son amie un poignard à la main et jusqu’à la blesser à l’épaule… Une détente se produisit aussitôt et, fou de désespoir, il se faisait horreur, menaçant de tourner contre lui l’arme qu’il avait dirigée contre Blandine.

Justement alarmée à la suite de cette alerte, la douairière lui ménagea, à son insu, pour ne pas l’impressionner fâcheusement, une entrevue avec un praticien célèbre, qui se rendit à la villa sous prétexte de demander à Kehlmark un renseigne-