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ESCAL-VIGOR

l’abandonner pour aller à un comédien plus grave et d’un genre plus relevé, et on se représentera le mauvais gré sourd et recuit que le cocher devait entretenir contre ce petit paysan.

Kehlmark prenait presque toujours Guidon avec lui dans ses promenades en voiture, et c’était Landrillon qui les conduisait. Lors d’une excursion qu’ils firent à Upperzyde, pour visiter les musées et revoir le Frans Hals, le jeune Govaertz partagea l’appartement du maître, tandis que Landrillon fut relégué dans les galetas sous le toit. Bien plus, le domestique était forcé de servir à table ce va-nu-pieds, ce polisson, autrefois la risée et le souffre-douleurs des manouvriers de Smaragdis et à présent, bouffi d’importance, dorloté, choyé, devenu l’inséparable de monsieur. Dire que ce grand seigneur semblait ne plus pouvoir se passer de la compagnie de ce méchant galopin qui lui gaspillait de beau papier, de coûteuse toile et de bonnes couleurs !

Si le larbin n’avait rêvé de devenir l’époux de Blandine, peut-être eût-il été plus indisposé encore contre ce maudit pastoureau. Jusqu’à un certain point, le domestique n’était-il même pas fâché de l’importance exclusive que le jeune Govaertz