Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/17

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I

Ce premier juin, Henry de Kehlmark, le jeune « Dykgrave » ou comte de la Digue, châtelain de l’Escal-Vigor, traitait une nombreuse compagnie, en manière de Joyeuse Entrée, pour célébrer son retour au berceau de ses aïeux, à Smaragdis, l’île la plus riche et la plus vaste d’une de ces hallucinantes et héroïques mers du Nord, dont les golfes et les fiords fouillent et découpent capricieusement les rives en des archipels et des deltas multiformes.

Smaragdis ou l’île smaragdine dépend du royaume mi-germain et mi-celtique de Kerlingalande. À l’origine du commerce occidental, une colonie de marchands hanséates s’y fixa. Les Kehlmark prétendaient descendre des rois de mer ou vikings danois. Banquiers un peu mâtinés de pirates, hommes