Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
197
ESCAL-VIGOR

Il reçut la femme défaillante dans ses bras :

— Ce n’est pas moi qui viens de parler, ma chérie. Pardonne-moi. C’est un passé de douleur inouïe et de secret opprobre ; ce sont mes sens exaspérés qui se vengent.

Et pour obtenir son pardon, il lui fit une confession générale, ou mieux un tableau complet de sa vie intérieure.

En se rappelant ses heures sombres il redevenait cruel et agressif comme tout à l’heure, puis il se reprenait à la caresser, et son exaltation sardonique confinait par moments à la folie :

— Ah, Blandine ! Blandine ! Ce que j’ai souffert, ce que je souffre encore, on ne le saura jamais que si on a passé par les mêmes affres !

Pauvre chérie, tu as cru que je t’en voulais et que je me plaisais à te faire du mal…

Voyons, sois raisonnable. Tu observes quelqu’un attaché au bûcher et brûlant à petit feu ; et c’est toi qui lui reproches le spectacle atroce que son supplice inflige aux âmes sensibles !… Ah ! un spectacle qu’il t’offrit bien malgré lui !

Et c’est cette victime martyrisée, ce patient endolori dont tout l’être est une perpétuelle torture, une crispante lancinance, c’est ce brûlé vif que tu