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ESCAL-VIGOR

d’une nuit deviennent sacrés pour les hordes chasseresses, lesquelles continuent à déferler, clamantes, houleuses, dans la ténèbre complice.

À chaque collision, des défections se produisent de part et d’autre, des appariements s’opèrent entre transfuges. Aussi hardies que les hommes, les femmes finissent par se pourvoir.

Les colonnes s’éclaircissent à la suite de ces éliminations réitérées.

Cela dure jusqu’à ce que toutes ou à peu près aient conquis leurs danseurs et leurs coucheurs pour le reste de la fête. Les dernières, naturellement, sont les plus enragées. Parfois la malice des lurons consiste à esquiver leurs recherches, à se faire traquer et donner la chasse par ces femelles en folie. Ils feignent d’abandonner la partie, jouent à cache-cache, semblent vouloir se dérober à la galante corvée.

Alors excitées par la boisson, la danse, les contacts, les tortillements, rauques, presque écumantes, elles errent, comme des louves en rut, de carrefour en carrefour, ou se tiennent repliées dans les taillis, muettes, à l’affût de la proie.

Au loin, des chants moqueurs répondent à leurs chants tragiques. Le gibier les nargue, prenant

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