Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/254

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IV

La fête gonflait, se tendait et s’effrénait…

Le soir tomba, un soir de septembre. Des baraques disposées sur l’estran montait une odeur de moules cuites mêlée au parfum du varech et du frai accrochés aux brise-lames. Les chandelles s’allumaient sur les tréteaux et aux éventaires. Il régnait une cacophonie de tambours, de cymbales, de rommelpots, de pitreries éraillées ; les guinguettes résonnaient d’accordéonies hoquetantes bafouées d’éclats de fifre ; les spectacles du soir commençaient dans les loges de dompteurs, et de fauves rugissements faisaient écho à la plainte des vagues et concertaient avec on ne sait quelle houle humaine, quelle trépidation charnelle, quelle tourmente de stupre dans les campagnes.