Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/130

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
122
HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

ministres nommés par le sénat et par les empereurs, exerçaient une autorité absolue et sans bornes. Mais les maximes salutaires du gouvernement, qui avaient assuré la paix et la soumission de l’Italie, pénétrèrent dans les contrées les plus éloignées. L’établissement des colonies et le droit de bourgeoisie accordé aux sujets distingués par leur mérite et leur fidélité, formèrent bientôt une nation de Romains sur toute la surface de l’empire.

Colonies et villes municipales.

« Partout où le Romain porte ses conquêtes, il établit son habitation, » dit très-bien Sénèque[1] ; l’histoire et l’expérience ont confirmé cette observation. Les habitans de l’Italie, attirés par l’attrait du plaisir et de l’intérêt, se hâtaient de jouir des fruits de la victoire. Quarante ans après la réduction de l’Asie, quatre-vingt mille Romains furent massacrés en un seul jour par les ordres du cruel Mithridate[2]. Ces exilés volontaires consentaient à vivre loin de leur patrie pour se livrer au commerce, à l’agriculture, et à la perception des revenus publics. Dans la suite, lorsque sous les empereurs les légions eurent été rendues permanentes, toutes les provinces se peuplèrent de familles de soldats ; les vétérans, après avoir reçu la récompense de leurs services, en argent ou en terres, avaient coutume de s’établir avec leurs

  1. Sénèque, in Consol. ad Helviam, c. 6.
  2. Memnon, apud Photium, c. 33, Valère-Maxime, IX, 2. Plutarque et Dion Cassius font monter le massacre à cent cinquante mille citoyens ; mais je pense que le moindre de ces deux nombres est plus que suffisant.