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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

Les Européens étaient braves et robustes. Les provinces de la Gaule, de l’Espagne, de la Bretagne et de l’Illyrie, donnaient aux légions d’excellens soldats, et constituaient la force réelle de la monarchie. Les habitans de ces provinces conservèrent toujours leur valeur personnelle ; mais ils cessèrent d’être animés de ce courage public qu’inspirent l’honneur national, l’amour de la liberté, la vue des dangers et l’habitude du commandement. Leurs lois et leurs gouverneurs dépendaient de la volonté du souverain, et leur défense était confiée à une troupe de mercenaires. Les descendans de ces chefs invincibles qui avaient combattu pour leur patrie, se contentaient du rang de citoyens et de sujets ; les plus ambitieux se rendaient à la cour des empereurs, et les provinces, abandonnées, sans forces et sans union, tombèrent enfin dans la froide langueur de la vie domestique.

Du génie.

L’amour des lettres est presque inséparable de la paix et de l’opulence : elles furent cultivées sous le règne d’Adrien et des deux Antonins, princes instruits eux-mêmes et jaloux de le devenir davantage. Ce goût se répandit dans toute l’étendue de l’empire : la rhétorique était connue dans le nord de la Bretagne ; les rives du Rhin et du Danube retentissaient des chants d’Homère, de Virgile ; et les plus faibles lueurs du mérite littéraire étaient magnifiquement[1]

  1. Hérode-Atticus donna au sophiste Polémon plus de huit mille livres sterling pour trois déclamations. Voyez