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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

de cette contrée : bientôt les magistrats romains, adorés comme des divinités de la province, eurent des temples où brillait la pompe des fêtes et des sacrifices[1]. Il était bien naturel que les empereurs acceptassent ce que de simples proconsuls n’avaient pas refusé. Ces honneurs divins, rendus dans les provinces, attestaient plutôt le despotisme que la servitude de Rome : mais les nations vaincues enseignèrent à leurs maîtres l’art de la flatterie. Le génie impérieux du premier des Césars l’engagea trop facilement à recevoir pendant sa vie une place parmi les divinités tutélaires de la république. Le caractère modéré de son successeur lui fit rejeter ce dangereux hommage ; et même, par la suite, tous les princes, excepté Caligula et Domitien, renoncèrent à cette folle ambition. Auguste, il est vrai, permit à quelques villes de province de lui élever des temples ; mais il exigea que l’on célébrât le culte de Rome avec celui du souverain. Il tolérait une superstition particulière dont il était l’objet[2], tandis que, satisfait des hommages du sénat et du peuple, il laissait sagement à son successeur le soin de sa déification. De là s’introduisit, à la mort des empereurs, la coutume constante de les placer au nombre des dieux. Le sénat accordait, par un décret solennel, cet honneur

  1. Voyez une dissertation de l’abbé de Mongault, dans le premier volume de l’Académie des inscriptions.
  2. Jurandasque tuum per nomen ponimus aras,

    dit Horace à l’empereur lui-même ; et ce poète courtisan connaissait bien la cour d’Auguste.