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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

prême au moment où ils redoutaient le plus les suites de sa fureur et de son inexorable cruauté[1]. Le tyran regardait cette bassesse avec un juste mépris, et, loin de déguiser ses sentimens, il répondait à l’aversion secrète qu’il inspirait, par une haine ouverte pour le sénat et pour le corps entier de la nation.

L’étendue de l’empire ne laisse aucun asile aux Romains.

II. L’Europe est maintenant partagée en différens états indépendans les uns des autres, mais cependant liés entre eux par les rapports généraux de la religion, du langage et des mœurs : cette division est un avantage bien précieux pour la liberté du genre humain. Aujourd’hui un tyran qui ne trouverait de résistance ni dans son propre cœur ni dans la force de son peuple, se trouverait encore enchaîné par une foule de liens. Le soin de sa propre gloire, l’exemple de ses égaux, les représentations de ses alliés, la crainte des puissances ennemies, tout contribuerait à le retenir. Après avoir franchi sans obstacles les limites étroites d’un royaume peu étendu, un sujet opprimé trouverait facilement, dans un

    mots de crime de lèse-majesté. Voy. Hist. Aug., Bachii Trajanus, 27, seqq. (Note de l’Éditeur.)

  1. Lorsque Agrippine, cette vertueuse et infortunée veuve de Germanicus, eut été mise à mort, le sénat rendit des actions de grâces à Tibère pour sa clémence : elle n’avait pas été étranglée publiquement, et son corps n’avait point été traîné aux Gémonies, où l’on exposait ceux des malfaiteurs ordinaires. Voyez Tac., Ann., VI, 25 ; Suét., Vie de Tibère, c. 53.