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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

prince, qu’il avait chéri et qu’il regrettait encore. La sensibilité de son successeur était probablement moins sincère : il estimait les vertus de Pertinax ; mais ses vertus lui auraient fermé le chemin du trône, unique objet de son ambition. Sévère prononça son oraison funèbre avec une éloquence étudiée ; et, malgré la satisfaction intérieure qu’il ressentait, il parut pénétré d’une véritable douleur. Ces égards respectueux pour la mémoire de Pertinax, persuadèrent à la multitude crédule, que Sévère méritait seul d’occuper sa place. Cependant ce prince, convaincu que les armes, et non de vaines cérémonies, devaient assurer ses droits, quitta Rome au bout de trente jours ; et, sans se laisser éblouir par l’éclat d’une victoire facile, il se disposa à combattre des rivaux plus formidables.

Succès de Sévère contre Niger et contre Albinus.

Sa fortune et ses talens extraordinaires ont porté un historien élégant à le comparer au premier et au plus grand des Césars[1] : le parallèle est au moins imparfait. Où trouver dans le caractère de Sévère la supériorité éclatante, la grandeur d’âme, la générosité, la clémence de César, et surtout ce vaste génie qui savait réunir et concilier l’amour du plaisir, la soif des connaissances et le feu de l’ambition[2] ?

  1. Hérodien, l. III, p. 112.
  2. Quoique Lucain n’ait certainement pas intention de relever le caractère de César, cependant il n’est point de plus magnifique panégyrique que l’idée qu’il nous donne de ce héros dans le dixième livre de la Pharsale, où il le dépeint faisant sa cour à Cléopâtre soutenant un siége