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HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

l’empire accablé de guerres civiles et étrangères, il le laissait dans le calme d’une paix profonde, honorable et universelle[1].

La discipline militaire relâchée.

Quoique les plaies faites à l’état par les discordes intestines parussent entièrement guéries, un poison mortel attaquait les sources de la constitution. Sévère possédait un caractère ferme et des talens supérieurs ; mais le génie audacieux du premier des Césars, où la politique profonde d’Auguste aurait à peine été capable de courber l’insolence des légions victorieuses. La reconnaissance, une nécessité apparente et une politique mal entendue, engagèrent Sévère à relâcher les ressorts de la discipline militaire[2]. Il flatta la vanité des soldats, et parut s’occuper de leurs plaisirs, en leur permettant de porter des anneaux d’or, et de vivre dans les camps avec leurs femmes. Leur paye n’avait jamais été aussi forte ; ils recevaient de plus des largesses extraordinaires à chaque fête publique, ou toutes les fois que l’état était menacé de quelque danger. Insensiblement ils s’accoutumèrent à exiger ces gratifications. Enflés par la prospérité, énervés par le luxe, et élevés par des prérogatives dangereuses au-dessus des sujets de l’empire[3], ils furent bientôt incapables de sup-

  1. Etiam in Britannia : telle était l’expression juste et frappante dont il se servait. Hist. Aug., p. 73.
  2. Hérodien, l. III, p. 115 ; Hist. Aug., p. 68.
  3. Sur l’insolence et sur les priviléges des soldats, on peut consulter la seizième satire que l’on a faussement attribuée à Juvénal : le style et la nature de cet ouvrage me