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DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. VI.

pouvait fixer sa résidence dans la ville d’Alexandrie ou dans celle d’Antioche, qui le cédaient à peine à Rome pour la grandeur et pour l’opulence. De nombreuses armées, campées des deux côtés du Bosphore de Thrace, auraient gardé les frontières des monarchies rivales ; enfin les sénateurs d’origine européenne devaient reconnaître le souverain de Rome, tandis que ceux qui étaient nés en Asie auraient suivi l’empereur d’Orient. Les pleurs de l’impératrice rompirent cette négociation, dont l’idée seule avait rempli tous les cœurs romains d’indignation et de surprise. La masse puissante d’une monarchie composée de tant de nations était tellement cimentée par la main du temps et de la politique, qu’il fallait une force prodigieuse pour la séparer en deux parties : les Romains avaient raison de craindre qu’une guerre civile n’en rejoignît bientôt, sous un même maître, les membres déchirés ; ou bien si l’empire restait divisé, tout présageait la chute d’un édifice dont l’union avait été jusque alors la base la plus ferme et la plus solide[1].

Meurtre de Géta. A. D. 212, 27 février.

Si le traité projeté entre les deux princes eût été conclu, le souverain de l’Europe se serait bientôt emparé de l’Asie. Mais Caracalla remporta, avec l’arme du crime, une victoire plus facile. Il parut se rendre aux supplications de sa mère, et consentit à une entrevue avec son frère dans l’appartement de l’impératrice Julie. Tandis que les empereurs s’entre-

  1. Hérodien, l. IV, p. 144.