Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 1.djvu/350

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Aurèle, de fils d’Antonin et de petit fils de Sévère, il établissait tacitement ses droits à l’empire ; mais il blessa la délicatesse des Romains, en prenant les titres de tribun et de proconsul, sans attendre que le sénat les lui eût solennellement conférés. Il faut attribuer cette innovation dangereuse à ce mépris pour les lois fondamentales de l’état, à l’ignorance de ses courtisans de Syrie, ou au fier dédain des guerriers qui l’accompagnaient[1].

Portrait d’Héliogabale. A. D. 219.

Le nouvel empereur partit de Syrie pour se rendre à Rome : comme toute son attention était dirigée vers les amusemens les plus frivoles, son voyage, sans cesse interrompu par de nouveaux plaisirs, dura plusieurs mois. Il s’arrêta d’abord à Nicomédie, où il passa l’hiver qui suivit sa victoire, et il ne fit que l’été d’après son entrée triomphale dans la capitale. Cependant, avant son arrivée, il y envoya son portrait, qui, placé par ses ordres sur l’autel de la Victoire, dans le temple où s’assemblait le sénat, donna aux Romains une juste mais honteuse idée de la personne et des mœurs de leur nouveau prince. Il était revêtu de ses habits pontificaux : sa robe d’or et de soie flottait à la mode des Phéniciens et des Mèdes. Une tiare élevée ornait sa tête, et des pierres d’un prix inestimable rehaussaient l’éclat des colliers et des nombreux bracelets dont il était couvert. On le voyait représenté avec des sourcils peints en noir ; et il était facile de décou-

  1. Dion, l. LXXIX, p. 1350.