Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 10.djvu/504

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despote créait, transférait, déposait les évêques ou les punissait d’une mort ignominieuse : quelle que fût leur richesse ou leur crédit, ils n’ont jamais pu, comme ceux de l’Église latine, réussir à former une république indépendante, et le patriarche de Constantinople condamnait la grandeur temporelle de l’évêque de Rome, objet de sa secrète envie. Cependant l’exercice du despostisme est heureusement borné par les lois de la nature et celles de la nécessité. Le degré de sagesse et de vertu accordé à celui qui gouverne un empire, est la mesure de son attachement à la règle sacrée de ses laborieux devoirs ; le degré de vice ou de nullité dont il est atteint détermine sa disposition à laisser tomber le sceptre trop lourd pour sa main : c’est un ministre ou un favori qui avec un fil imperceptible fait mouvoir le fantôme royal, et qui pour son intérêt particulier se charge du soin de l’oppression publique. Il est des momens où le monarque le plus absolu doit craindre la raison ou le caprice d’une nation d’esclaves, et l’expérience a prouvé que l’autorité royale perd du côté de la sûreté et de la solidité, ce qu’elle gagne en étendue.

Force militaire des Grecs, des Sarrasins et des Francs.

Un despote usurpe vainement les titres les plus des pompeux, il établit en vain ses droits, il n’a en dernière analyse que son épée pour les défendre contre les ennemis étrangers et domestiques. Depuis le siècle de Charlemagne jusqu’à celui des Croisades, les trois grands empires ou nations des Grecs, des Sarrasins et des Francs, possédaient et se disputaient la terre