Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 11.djvu/418

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trompa par une négociation insidieuse, et leurs vaisseaux ne purent remonter le Nil. Ils évitèrent prudemment un combat avec les Turcs au milieu d’un pays ennemi ; et Amauri retourna dans la Palestine avec la honte et le reproche qui suivent toujours l’injustice, quand elle n’est point couronnée par le succès. Après le départ des Francs, Shiracouh fut revêtu d’une robe d’honneur, comme libérateur de l’Égypte ; mais il la souilla bientôt du sang de l’infortuné Shawer. Les émirs turcs daignèrent, durant quelque temps, occuper le poste de visir ; mais cette conquête étrangère précipita la chute des fatimites, et cette paisible révolution fut l’affaire d’un ordre et d’un mot ; les califes étaient dégradés dans l’opinion publique par leur propre faiblesse et par la tyrannie des visirs ; leurs sujets avaient été scandalisés de voir le descendant et le successeur du prophète tendre sa main nue à la main grossière d’un ambassadeur latin. Ils avaient versé des larmes en lui voyant adresser au sultan de Damas des cheveux de ses femmes, comme un emblême de détresse et de douleur. [Chute de califes fatimites. A. D. 1171.]Par l’ordre de Noureddin et la sentence des docteurs, on rétablit solennellement les noms sacrés et les honneurs d’Abubeker, d’Omar et d’Othman ; le calife Mostadi de Bagdad fut reconnu, dans les prières publiques, pour le vrai commandeur des fidèles ; et la livrée verte des fils d’Ali fit place à la couleur noire des Abbassides. Le dernier de sa race, le calife Adhed expira, dix jours après, dans l’heureuse ignorance