Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 3.djvu/59

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la vie, régnerait sur la terre jusqu’au temps désigné pour la dernière et générale résurrection. Cet espoir flattait tellement l’esprit des fidèles, que la nouvelle Jérusalem, siége de ce royaume de félicité, fut bientôt ornée de toutes les peintures les plus séduisantes de l’imagination. Dans ce séjour délicieux, où les habitans devaient conserver leurs sens et toutes les facultés de la nature humaine, un bonheur qui aurait consisté seulement dans des plaisirs purs et spirituels, aurait paru trop raffiné. Le jardin d’Éden et les amusemens de la vie pastorale, ne convenaient plus aux progrès que la société avait faits sous l’Empire romain. Une ville fut donc bâtie, brillante d’or et de pierres précieuses ; partout aux environs la terre produisait d’elle-même avec une abondance surnaturelle ; la vigne croissait sans culture, et le peuple, heureux et innocent, jouissait de tous ces biens sans être retenu par aucune de ces lois jalouses qui distribuent si inégalement les propriétés[1]. Depuis saint Justin martyr[2], et saint Irénée, qui avait conversé familièrement avec les disciples immédiats

  1. Une fausse interprétation d’Isaïe, de Daniel et de l’Apocalypse, a fait imaginer la plupart de ces tableaux. On peut trouver une des descriptions les plus grossières dans saint Irénée (liv. V, p. 455), disciple de Papias, qui avait vu l’apôtre saint Jean.
  2. Voyez le second dialogue de saint Justin avec Tryphon, et le septième livre de Lactance. Puisque le fait n’est pas contesté, il n’est pas nécessaire de citer tous les pères intermédiaires ; cependant le lecteur curieux peut consulter Daillé, De usu patrum, l. II, c. 4.