Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/25

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adhérans de sa famille. Ses regards, ses gestes, et jusqu’à son silence, étaient examinés avec l’œil vigilant de la plus maligne curiosité, il était sans cesse assiégé par des ennemis qu’il n’avait point offensés, et par des artifices auxquels il était étranger[1]. Mais à l’école de l’adversité, Julien acquit peu à peu de la fermeté et de la discrétion. Il défendit son honneur et sa vie en évitant les pièges adroits des eunuques, qui mettaient tout en œuvre pour lui faire trahir ses sentimens. Il sut renfermer son ressentiment et sa douleur, mais sans se dégrader jusqu’à flatter le tyran par une apparente approbation du meurtre de son frère. Julien attribue dévotement sa délivrance miraculeuse à la protection des dieux, qui avaient excepté son innocence de la sentence de destruction prononcée par leur justice contre la maison impie de Constantin[2]. Le moyen victorieux dont la Providence s’est servie, est, dit-il, la ferme

  1. Voyez Ammien-Marcellin, l. XV, c. 1, 3,8. Julien lui-même, dans son épître aux Athéniens, fait un tableau frappant de son propre danger et de ses sentimens. Il montre cependant un penchant à exagérer ce qu’il a souffert, en insinuant, quoiqu’en termes obscurs, que ses malheurs durèrent plus d’une année ; ce qu’il est impossible de concilier avec la vérité de la chronologie.
  2. Julien a peint les crimes et les malheurs de la famille de Constantin dans une fable allégorique, bien imaginée, et rendue avec grâce. Elle se trouve à la fin de la septième harangue, d’où elle a été détachée et traduite par l’abbé de La Bléterie. Vie de Jovien, tom. II, p. 385-408.