Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/284

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les païens, le monarque adroit minait lentement et avec précaution le bizarre et ruineux édifice du polythéisme ; quoique son zèle pour la foi chrétienne fût sans doute le motif secret de la sévérité qu’il exerçait dans des occasions particulières, il avait soin de la colorer d’un prétexte plausible de justice et d’utilité publiques, et il attaquait secrètement les fondemens de l’ancienne religion sous le prétexte d’en réformer les abus. À l’exemple de ses plus sages prédécesseurs, il condamna à des peines rigoureuses l’art impie de la divination, qui donnait des espérances illusoires et encourageait quelquefois les entreprises criminelles d’hommes inquiets ou mécontens de leur état. Il condamna à un silence ignominieux les oracles, dont on avait reconnu publiquement la fraude et la fausseté, et supprima les prêtres efféminés du Nil. Constantin remplit les devoirs d’un censeur romain, quand il fit démolir les temples de Phénicie, dans lesquels on pratiquait dévotement, en plein jour, toutes les espèces de prostitution en l’honneur de Vénus[1]. La ville impériale de Constantinople s’éleva, en quelque façon, aux dépens des temples de la Grèce et de l’Asie, et s’embellit de leurs riches dépouilles : on confisqua leurs posses-

    leurs sacrifices et d’exercer librement toutes les pratiques de leur religion.

  1. Voyez Eusèbe, in vit. Constant., l. III, c. 54-58 ; et l. IV, c. 23, 25. Ces actes d’autorité peuvent se comparer à la suppression des Bacchanales, et à la démolition du temple d’Isis par les magistrats de Rome païenne.