Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/292

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CHAPITRE XXII.
Julien est déclaré empereur par les légions de la Gaule. Sa marche et ses succès. Mort de Constance. Administration de Julien.

Jalousie de Constance contre Julien.

TANDIS que les Romains languissaient sous la honteuse tyrannie des eunuques et des évêques, tout l’empire, excepté le palais de Constance, retentissait des louanges de Julien. Les Barbares de la Germanie redoutaient le jeune César dont ils avaient éprouvé la valeur. Ses soldats partageaient l’honneur de ses succès. Les provinces heureuses et tranquilles jouissaient avec reconnaissance des bienfaits de son règne. Mais ses vertus blessaient les favoris qui s’étaient opposés à son élévation. Ils regardaient avec raison l’ami du peuple comme le plus dangereux ennemi de la cour. Jusqu’au moment où sa gloire leur imposa silence, les bouffons du palais, dressés au langage de la satire, essayèrent contre lui le pouvoir de cet art qu’ils avaient si souvent exercé avec succès. Ils avaient aisément remarqué que sa simplicité n’était pas exempte d’affectation, et ils ne désignaient le philosophe guerrier que par les sobriquets insultans de sauvage velu, de singe revêtu de la pourpre. Ses modestes dépêches étaient tournées en ridicule comme les récits mensongers d’un Grec bavard, d’un soldat sophiste qui avait étudié l’art de la