Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sommé de se mettre en marche sans perte de temps, et d’user de la plus grande diligence pour arriver sur les frontières de la Perse avant l’ouverture de la campagne[1]. Le César prévit et déplora les suites de cet ordre funeste. La plupart des auxiliaires s’étaient engagés volontairement, sous la condition expresse qu’on ne leur ferait jamais traverser les Alpes. La foi publique et l’honneur personnel de Julien avaient été les garans de ce traité militaire. Une si tyrannique perfidie ne pouvait que détruire la confiance et irriter les guerriers des Germains indépendans, qui regardaient la bonne foi comme la première des vertus, et la liberté comme le bien le plus précieux. Les légionnaires, qui jouissaient du nom et des priviléges des Romains, étaient enrôlés pour servir partout à la défense de la république ; mais ces soldats mercenaires entendaient prononcer avec indifférence les noms de Rome et de république. Attachés par la naissance ou par l’habitude aux mœurs et au climat des Gaulois, ils chérissaient et respectaient Julien ; ils méprisaient et haïssaient peut-être l’empereur, et ils redoutaient une marche

  1. Le court intervalle que l’on peut supposer entre l’hieme adultâ et le primo vere d’Ammien (XX, 1-4), loin de suffire à une marche de trois mille milles, ferait paraître les ordres de Constance aussi extravagans qu’ils étaient injustes. Les troupes de la Gaule n’auraient pas pu arriver en Syrie avant la fin de l’automne. Il faut que la mémoire d’Ammien ait été infidèle, ou qu’il se soit mal expliqué.