Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/345

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fait faire une robe pourpre ; l’officieuse importunité d’un de ses ennemis personnels instruisit Julien de cette indiscrétion, qui, sous le règne de Constance, aurait été regardée comme un crime capital[1]. Le monarque, après s’être informé du rang et du caractère de son rival, lui envoya, par l’officieux délateur, une paire de pantoufles pourpres, pour compléter la magnificence de son vêtement impérial. Dix de ses gardes tramèrent une conspiration plus dangereuse, et firent le projet d’assassiner Julien à Antioche, dans l’endroit où l’on exerçait les troupes. Ils trahirent leur secret dans l’ivresse, et furent conduits chargés de chaînes en présence de l’empereur. Julien, après leur avoir vivement fait sentir le crime et l’imprudence de leur entreprise, au lieu des tortures et de la mort qu’ils méritaient et qu’ils attendaient, prononça une sentence de bannissement contre les deux principaux coupables. La seule occasion dans laquelle Julien semble s’être écarté de sa clémence ordinaire, est l’exécution d’un jeune imprudent, qui, d’une main faible et impuissante, voulut saisir les rênes de l’empire. Mais ce jeune ambitieux

  1. Montesquieu (Considérations sur la grandeur, etc., des Romains, c. 14) excuse cette absurde et misérable tyrannie, en supposant que les actions qui nous paraissent indifférentes aujourd’hui, pouvaient paraître dangereuses et coupables aux Romains, et il soutient cette étrange apologie par une méprise plus étrange encore sur les lois anglaises : « Chez une nation… dit-il, où il est défendu de boire à la santé d’une certaine personne. »