Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/361

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qui explique l’essence mystérieuse de la divinité, et qui offre dans l’avenir une perspective sans bornes de mondes invisibles, pouvait plaire à son active curiosité ; mais son esprit indépendant refusa de se soumettre à l’obéissance passive que les ministres impérieux de l’Église exigeaient au nom de la religion. Ils érigeaient en lois positives leurs opinions personnelles qu’ils environnaient des terreurs d’un éternel châtiment ; et, en prescrivant à ce jeune prince un rigide formulaire de pensées, de paroles et d’actions, en imposant silence à ses objections, et en réprimant, d’une manière sévère, la liberté de ses recherches, ils excitaient, sans le savoir, son esprit impatient à secouer l’autorité de ses guides ecclésiastiques. Il fut élevé dans l’Asie Mineure, au milieu des scandales de la querelle de l’arianisme[1]. Les disputes violentes des évêques de l’Orient, les variations continuelles de leurs symboles, les motifs profanes qui semblaient diriger leur conduite, fortifièrent insensiblement, dans l’esprit de Julien, l’opinion qu’ils ne comprenaient pas cette religion pour laquelle ils combattaient avec tant d’impétuosité, qu’ils n’y croyaient même pas. Au lieu d’écouter

  1. Voyez Julien, ap. S. Cyrill., l. VI, p. 206 ; l. VIII, p. 253, 262. « Vous persécutez, dit-il, ces hérétiques, qui ne pleurent pas l’homme mort précisément de la manière que vous approuvez. » Il se montre assez bon théologien, mais soutient cependant que la doctrine de saint Paul, de Jésus et de Moïse n’enseigne pas la Trinité de chrétiens.