Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/439

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émeute populaire détruisit à Césarée, en Cappadoce, le temple de la Fortune, le seul qu’on y eût laissé aux païens. Dans ces occasions, un monarque zélé pour l’honneur des dieux n’était pas tenté de s’opposer au cours de la justice ; et ce fut pour lui un nouveau sujet de colère que de voir récompenser par les honneurs du martyre, des fanatiques qu’on avait punis comme incendiaires[1]. Ceux des sujets de l’empire qui professaient le christianisme ne doutaient pas de la haine de leur souverain, et tous les actes de son gouvernement fournissaient à leur inquiétude des sujets de mécontentement ou de soupçon. Dans l’administration ordinaire des lois, on devait souvent condamner des chrétiens, puisqu’ils formaient une grande partie du peuple : leurs frères, portés à l’indulgence, sans examiner le fait, présumaient leur innocence ; se trouvaient convaincus de la justice de leurs plaintes, et attribuaient la sévérité du juge à l’esprit de persécution[2]. Ils représen-

  1. Saint Grégoire de Nazianze, orat. 3, p. 91 ; 4, p. 133. Il loue les séditieux de Césarée, τουτων δε των μεγαλοφυων και θερμων εις ευςεβειαν. (Voyez Sozomène, l. V, 4, 11) Tillemont (Mém. ecclés., tom. VII, p. 649, 650) avoue que leur conduite n’était pas dans l’ordre commun ; mais il ne lui reste aucun doute sur leur innocence, parce que le grand saint Basile célébra toujours la fête de ces martyrs.
  2. Julien jugea un procès contre la nouvelle ville chrétienne fondée à Maiuma, port de Gaza ; et quoiqu’on puisse attribuer son arrêt au fanatisme, il n’a pas été révoqué par ses successeurs. (Sozomène, l. V, c. 3. Reland, Palestine, t. 2, p. 791.)