Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/494

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de Julien avec un cortége de fidèles soldats ; il fit un conte spécieux, il raconta les injustices qu’il avait essuyées ; il exagéra la cruauté de Sapor, le mécontentement du peuple et la faiblesse de la monarchie, et il offrit aux Romains de leur servir d’otage et de guide. La sagesse et l’expérience de Hormisdas exposèrent sans effet tout ce qui devait donner des soupçons. Le crédule empereur accueillant le traître, se laissa entraîner à une résolution précipitée que tout l’univers a regardée comme également propre à faire douter de sa prudence et à compromettre sa sûreté. Il détruisit en une heure toute cette flotte transportée à une distance de cinq cents milles, au prix de tant de fatigues, de trésors et de sang, et il ne réserva que douze ou au plus vingt-deux petites embarcations qui devaient suivre l’armée sur des voitures et servir de pont lorsqu’il faudrait passer des rivières. On ne garda des vivres que pour vingt jours, et le reste des magasins et les onze cents navires qui mouillaient dans le Tigre furent abandonnés aux flammes par l’ordre absolu de l’empereur. Saint Grégoire et saint Augustin insultent à la folie de l’apostat, qui exécuta lui-même un décret de la justice divine. Leur autorité, faible d’ailleurs sur une question de l’art militaire, se trouve appuyée du jugement plus calme d’un guerrier expérimenté qui

    prouver l’artifice de ce nouveau Zopire. (Saint Grégoire de Nazianze, orat. 4, p. 115, 116.) Une lacune qui se trouve dans le texte d’Ammien, interrompt ici bien mal à propos l’histoire authentique de Julien.