Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/91

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avait eu l’honneur de contempler la majesté visible de ce dieu tutélaire, et que, soit éveillé, soit dans les visions d’un songe, il en avait reçu l’heureux présage d’un règne long et victorieux. On adorait universellement le Soleil comme le guide et le protecteur invincible de Constantin ; et les païens pouvaient raisonnablement croire que le dieu outragé poursuivrait de son implacable vengeance l’ingratitude et l’impiété de son favori[1].

Constantin protège les chrétiens de la Gaule. A. D. 306-312.

Tant que Constantin n’eut dans les Gaules qu’un pouvoir limité, ses sujets chrétiens furent protégés par l’autorité, et peut-être par les lois d’un prince qui laissait sagement aux dieux le soin de venger leur injure. Si nous pouvons en croire Constantin lui-même, il avait été témoin, avec indignation, des horribles cruautés exercées par les soldats romains sur des citoyens dont la religion faisait tout le crime[2]. Dans l’Orient et dans l’Occident, il avait

  1. Le panégyrique d’Eumène (VII, inter panegyr. vet.), qui fut prononcé peu de mois avant la guerre d’Italie, contient une foule de preuves incontestables de la superstition païenne de Constantin, et de sa vénération particulière pour Apollon ou le Soleil, à laquelle Julien fait allusion. (Orat. 7, p. 228, απολειπων σε) Voyez les Commentaires de Spanheim sur les Césars, p. 317.
  2. Constantin., orat. ad sanctos, c. 25 ; mais il serait facile de prouver que le traducteur grec a amplifié le sens de l’original latin ; et l’empereur, dans sa vieillesse, pouvait se rappeler la persécution de Dioclétien avec une horreur plus vive qu’il ne l’avait sentie lorsqu’il était jeune et professait encore le paganisme.