Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/264

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put ni distraire Théodose de ses amusemens ou de ses pratiques de dévotion, ni le déterminer à paraître à la tête des légions romaines ; mais il rappela promptement les troupes qu’il avait envoyées en Sicile pour attaquer Genseric ; il épuisa les garnisons des frontières de la Perse, et rassembla en Europe une armée dont le nombre et la valeur auraient été formidables si les généraux avaient su commander et les soldats obéir. Ces armées furent vaincues dans trois journées successives, et les progrès d’Attila sont marqués par les trois champs de bataille. Les deux premières se donnèrent sur les bords de l’Utus et sous les murs de Marcianopolis, dans les vastes plaines qui séparent le Danube du mont Hémus. Les Romains, pressés par un ennemi victorieux, se laissèrent imprudemment repousser peu à peu vers la Chersonèse de Thrace ; et, arrêtés par la mer, essuyèrent sur cette péninsule étroite une troisième défaite totale et irréparable. Par la destruction de cette armée, Attila devint maître absolu de tout le pays depuis l’Hellespont jusqu’aux Thermopyles et aux faubourgs de Constantinople. Il ravagea sans obstacle et sans pitié les provinces de la Thrace et de la Macédoine. Les villes d’Héraclée et d’Adrianople échappèrent peut-être à cette formidable invasion ; mais aucune expression ne paraît trop forte pour donner l’idée de la destruction que subirent soixante-dix villes de l’empire d’Orient, qui disparurent entièrement[1]. Les murs de Constantinople

  1. Septuagina civitates, dit Prosper-Tyro, depræda-