Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/103

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de la province de Galles, et roi ou général élu par la nation, efface les noms les plus célèbres de la Bretagne. Au rapport des écrivains les plus modérés, il vainquit les Angles du nord et les Saxons de l’occident, dans douze batailles successives ; mais ce héros éprouva dans sa vieillesse l’ingratitude de ses compatriotes et des malheurs domestiques. Les événemens de sa vie sont moins intéressans que les révolutions singulières de sa renommée. Durant l’espace de cinq cents ans, la tradition de ses exploits fut transmise d’âge en âge et grossièrement embellie par les fictions obscures des bardes du pays de Galles et de l’Armorique : ces espèces de poètes, abhorrés des Saxons, étaient inconnus au reste du genre humain. L’orgueil et la curiosité des conquérans normands leur firent examiner l’ancienne histoire de la Bretagne. Ils adoptèrent avidement le conte d’Arthur, et prodiguèrent des louanges au mérite d’un prince qui avait triomphé des Saxons, leurs ennemis communs. Son roman, écrit en mauvais latin, par Geoffroy de Monmouth, et traduit ensuite dans la langue familière de ce temps, fut enrichi de tous les ornemens incohérens que pouvaient fournir l’imagina-

    Taliessin, me sont parfaitement inconnus, je fonde ma confiance, relativement à l’existence et aux exploits d’Arthur, sur le témoignage simple et circonstancié de Nennius (Hist. Brit., c. 62, 63, p. 114. M.). Whitaker (Hist. de Manch., vol. II, p. 31-71) a composé une histoire intéressante et même probable des guerres d’Arthur ; mais il est impossible d’admettre la réalité de la Table ronde.