Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/115

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entre la fiction et la vérité. On trouve à l’orient un beau pays, peuplé d’habitans civilisés, un air sain, des eaux pures et abondantes, un sol qui produit régulièrement de fertiles moissons. À l’occident, au-delà du mur, l’air est imprégné de vapeurs mortelles, la terre est couverte de serpens. Cette solitude horrible sert d’habitation aux âmes des morts, qui y sont transportées dans des bateaux solides et par des rameurs vivans. Quelques familles de pêcheurs, sujets des Francs, sont exemptes de tribut en considération de l’office mystérieux qu’exécutent ces Carons de l’Océan. Chacun d’eux veille à son tour pendant la nuit, entend la voix et même les noms des ombres, s’aperçoit de leur poids, et se sent entraîné par une puissance inconnue et irrésistible. À la fin de ce rêve de l’imagination, nous lisons avec surprise qu’on nomme cette île Brittia ; qu’elle est située dans l’Océan, en face de la bouche du Rhin, et à moins de trente milles du continent ; qu’elle appartient à trois nations différentes : aux Frisons, aux Angles et aux Bretons ; et qu’on a vu quelques Angles à Constantinople parmi la suite des ambassadeurs français. Ce fut peut-être de ces ambassadeurs que Procope apprit une anecdote singulière, mais qui n’a rien d’invraisemblable, et qui fait connaître le courage plus que la délicatesse d’une héroïne anglaise. Elle avait été fiancée à Radiger, roi des Varnes, tribu des Germains qui habitaient les environs du Rhin et de l’Océan ; mais son perfide amant préféra, sans doute par des raisons de politique, d’épouser la veuve de son père,