Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/187

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Une taxe qu’il voulait établir mal à propos après les calamités de la guerre, aurait étouffe l’agriculture naissante de la Ligurie ; un privilége qu’il avait accordé sur l’achat des grains, à la vérité sans autre objet que le bien public, menaçait d’aggraver les malheurs de la Campanie. La vertu et l’éloquence de saint Épiphane et de Boëce, qui plaidèrent la cause du peuple devant Théodoric lui-même, triomphèrent de ses dangereux projets[1] ; mais si l’oreille de ce prince fut ouverte à la vérité, il ne se trouve pas toujours près de l’oreille des rois un saint et un philosophe. La fraude des Italiens et la violence des Goths abusèrent trop souvent des priviléges que donnaient la dignité, les emplois et la faveur ; et la cupidité du neveu du roi fut mise au grand jour, d’abord par l’usurpation, et ensuite par la restitution des domaines enlevés aux propriétaires toscans ses voisins. Deux cent mille Barbares, redoutables même à leur maître, se trouvaient au centre de l’Italie ; ils souffraient avec indignation les entraves de la paix et de la discipline. Ils exerçaient partout

    regardaient seulement les rebelles qui avaient manqué à leur serment de fidélité ; mais le témoignage d’Ennodius (p. 1675-1678) a d’autant plus de poids, qu’il vécut et mourut sous le règne de Théodoric.

  1. Ennodius, in vit. Epiphan., p. 1689, 1690 ; Boëce, De consolatione philosophiæ, l. I, Pros. 4, p. 45, 46, 47. Il faut respecter, mais faire entrer en considération la passion du saint et celle du sénateur, et chercher dans les différens passages de Cassiodore (II, 8 ; IV, 36 ; VIII, 5) ce qui peut appuyer ou atténuer leurs plaintes.