Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/256

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jadis aux soins des reines[1]. Ils découvrirent bientôt qu’il était impossible de transporter un insecte d’une si courte vie, mais que ses œufs pourraient en multiplier la race dans un climat éloigné. La religion ou l’intérêt fit plus d’impression sur les moines persans que l’amour de leur patrie. Arrivés à Constantinople après un long voyage, ils communiquèrent leur projet à l’empereur, et les dons et les promesses de Justinien les excitèrent à suivre leur entreprise. Les historiens de ce prince ont mieux aimé raconter en détail une campagne au pied du mont Caucase, que les travaux de ces missionnaires du commerce, qui retournèrent à la Chine, trompèrent un peuple jaloux ; et après avoir caché dans une canne des œufs de ver à soie, rapportèrent en triomphe ces dépouilles de l’Orient. Ils dirigèrent l’opération par laquelle, dans la saison convenable, on fit éclore les œufs au moyen de la chaleur du fumier ; on nourrit les vers avec des feuilles de mûrier ; ils vécurent et travaillèrent sous un climat étranger : on conserva un assez grand nombre de chrysalides pour en propager la race, et on planta des arbres qui devaient fournir à la subsistance des nouvelles générations. L’expérience et la réflexion corrigèrent les erreurs qui avaient accompagné une première tentative ; et les

  1. On peut voir dans du Halde (Descript. génér. de la Chine, t. II, p. 165, 205-223) des détails sur l’invention, les manufactures et l’usage général de la soie. La province de Chekian est celle qui fournit la plus grande quantité de la meilleure soie.