Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/337

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s’appliquer à maintenir un ordre exact et des intervalles réguliers entre ce grand nombre de navires ; le vent étant favorable et ayant peu de force, ils en vinrent à bout, et les troupes débarquèrent saines et sauves à Méthone, sur la côte de Messénie, où elles se reposèrent quelque temps des fatigues de la mer. Elles éprouvèrent jusqu’où la cupidité, revêtue du pouvoir, peut se jouer de la vie de plusieurs milliers d’hommes qui s’exposent courageusement pour le service de la patrie. D’après les règlemens militaires, le pain ou le biscuit des Romains devait passer deux fois au four, et les troupes consentaient volontiers à une diminution du quart pour le déchet de la seconde cuisson. Pour tourner à son profit ce misérable bénéfice et épargner la dépense du bois, le préfet, Jean de Cappadoce, avait ordonné de cuire légèrement la farine au feu des bains de Constantinople ; et lorsqu’on ouvrit les sacs, on distribua à l’armée une pâte molle et moisie. Une nourriture si malsaine jointe à la chaleur du climat et de la saison, produisit bientôt une maladie épidémique, et donna la mort à cinq cents soldats. Bélisaire rétablit la santé des malades avec du pain frais qu’il se procura à Méthone ; il fit entendre avec courage et indignation les plaintes de la justice et de l’humanité ; l’empereur prêta l’oreille à ses remontrances, loua le général, mais sans punir le ministre. Du port de Méthone, avant d’entreprendre une route de cent lieues sur la mer Ionienne, entreprise qu’ils regardaient comme très-périlleuse, les pilotes longèrent la côte occi-