Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/380

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avec soin dans les arts et les sciences de nécessité et d’agrément qui pouvaient convenir à un prince romain ; et trois Goths recommandables par leur mérite furent chargés d’inspirer à leur jeune roi les sentimens de l’honneur et de la vertu : mais lorsqu’un élève ne sent pas le prix des leçons de ses maîtres, il prend en aversion les gênes qu’ils lui imposent ; et la sollicitude d’Amalasonthe, que la tendresse rendait inquiète et sévère, aigrit le caractère indomptable de son fils et de ses sujets. Au milieu d’une fête solennelle, qui avait rassemblé les Goths dans le palais de Ravenne, le jeune prince se sauva de l’appartement de sa mère, en versant des larmes d’orgueil et de colère, et se plaignant d’un coup qu’il venait d’en recevoir comme châtiment de son opiniâtre désobéissance. Les Barbares s’indignèrent de l’affront fait à leur monarque ; ils accusèrent la régente de conspirer contre sa vie et sa couronne, et demandèrent avec hauteur qu’on arrachât le petit-fils de Théodoric à la lâche discipline des femmes et des pédans, et qu’on l’élevât comme un brave Goth, dans la société de ses égaux, et la glorieuse ignorance de ses ancêtres. Ces bruyantes clameurs, qu’on représentait comme la voix de la nation, forcèrent Amalasonthe à renoncer à ses principes et à ses désirs les plus chers. Le roi d’Italie fut abandonné au vin, aux femmes et à des amusemens grossiers ; et le mépris que laissa éclater ce prince ingrat fit assez connaî-

    donne avec raison deux années de plus, infantulum adhuc vix decennem.