Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 7.djvu/413

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tous les maux de la disette ; il eut à supporter une nourriture malsaine[1] et des maladies contagieuses. Bélisaire eut pitié des souffrances des Romains ; mais il avait prévu et il surveilla avec soin l’incertitude de leur fidélité et les progrès de leur mécontentement. L’adversité avait éveillé les Romains de leurs rêves de grandeur et de liberté, et leur avait fait sentir cette humiliante vérité, qu’il était à peu près indifférent à leur bonheur que le nom de leur maître vînt de la langue des Goths ou de celle des Latins. Le lieutenant de Justinien écouta leurs justes plaintes ; mais il rejeta avec dédain l’idée d’une fuite ou d’une capitulation ; il réprima les clameurs qui lui demandaient une bataille ; il les amusa, et leur annonça que bientôt ils recevraient des secours ; et il eut soin de se prémunir contre les effets de leur désespoir ou de leur perfidie. Il changeait deux fois par mois les officiers à qui la garde des portes était confiée ; il multiplia les patrouilles, les mots du guet, les fanaux et la musique pour découvrir tout ce qui se passait sur les remparts ; il plaça au-delà du fossé des gardes avancées ; et la vigilance d’un grand nombre de chiens suppléa à la fidélité plus douteuse des hommes. On intercepta une lettre où l’on assurait le roi des Goths qu’on ouvrirait secrètement à ses troupes

  1. Ils firent des saucissons, αλλατας, avec de la chair de mulot, qui durent être malsains si les mulets étaient morts de la maladie contagieuse ; car, du reste, on dit que les fameux saucissons de Bologne sont de chair d’âne. Voyages de Labat, t. II, p. 218.