Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 8.djvu/118

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


était sauvée, si la sagesse de Bélisaire n’eût été rendue inutile par la mauvaise conduite de ses officiers. Il avait envoyé ordre à Bessas de seconder ses opérations par une sortie faite à propos, et il avait enjoint à Isaac, son lieutenant, de ne point quitter le port. Mais l’avarice rendit Bessas immobile, tandis que l’ardeur du jeune Isaac le livra aux mains d’un ennemi supérieur en nombre. Bélisaire apprit bientôt cette défaite, dont on exagérait le malheur. Il s’arrêta ; et dans ce seul instant de sa vie il fit paraître quelques émotions de surprise et de trouble, et donna à regret l’ordre de la retraite pour sauver sa femme Antonina, ses trésors, et le seul port qu’il eût sur la côte de Toscane. Les angoisses de son esprit lui donnèrent une fièvre ardente et presque mortelle, et Rome fut abandonnée sans protecteur, à la merci ou au ressentiment de Totila. La longue durée de cette guerre avait aigri la haine nationale : le clergé arien fut ignominieusement chassé de Rome. L’archidiacre Pelage revint sans succès du camp des Goths, où il avait été en ambassade ; et un évêque de Sicile, l’envoyé ou le nonce du pape, perdit les deux mains pour s’être permis des mensonges utiles au service de Rome et de l’état.

Rome prise par les Goths. A. D. 546, 17 déc.

La famine avait diminué la force et affaibli la discipline de la garnison de Rome. Elle ne pouvait tirer aucun service d’un peuple mourant, et la cruelle avarice du marchand avait à la fin absorbé la vigilance du gouverneur. Quatre soldats d’Isaurie qui se trouvaient en sentinelle, descendant du haut des