Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/14

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premiers semblait autorisée par les circonstances visibles de sa naissance, par le mariage de Joseph, son père putatif, qui avait rempli toutes les formalités de la loi, et par ses droits de descendance directe sur le royaume de David et l’héritage de Juda ; mais l’histoire secrète et authentique s’est conservée dans plusieurs copies de l’Évangile selon saint Matthieu[1], que ces sectaires gardèrent long-temps dans l’hébreu original[2], comme le seul témoignage de leur croyance. Joseph, sûr de sa chasteté, eut des soupçons bien naturels ; mais instruit en songe que la grossesse de son épouse était l’ouvrage du

  1. Les deux premiers chapitres de saint Matthieu n’existaient pas dans les copies des ébionites (saint Épiphane, Hæres., XXX, 13) ; et la conception miraculeuse est un des derniers articles que le docteur Priestley a retranchés de sa profession de foi déjà si peu étendue.
  2. Il est assez vraisemblable que le premier des Évangiles destiné aux Juifs qui embrassaient le christianisme, fut composé en hébreu et en syriaque. Papias, Irénée, Origène, saint Jérôme et d’autres pères attestent ce fait. Les catholiques ne se permettent pas d’en douter, et parmi les protestans, Casaubon, Grotius et Isaac Vossius l’admettent. Mais il est sûr que cet Évangile hébreu de saint Matthieu n’existe plus ; et on peut accuser ici le zèle et la fidélité des premières Églises, qui ont préféré la version dénuée d’autorité d’un Grec anonyme. Érasme et ses disciples, qui respectent le texte grec que nous avons comme l’Évangile original, se privent eux-mêmes du témoignage qui le déclare l’ouvrage d’un apôtre. Voyez Simon (Hist. crit., etc., t. III, c. 5-9, p. 47-101) et les Prolégomènes de Mill et de Wettstein sur le Nouveau Testament.