Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/150

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lation et de la vanité, ils voulaient tous s’élever à la hauteur de la dignité nationale : de cette élévation, quelques esprits distingués entre tous les autres s’élançaient au-delà des bornes que peut atteindre un œil vulgaire, et en suivant le calcul des chances d’un mérite supérieur, telles que l’expérience les indique pour un grand royaume très-peuplé, on serait tenté de croire, d’après la foule de ses grands hommes, que la république d’Athènes eut des millions d’habitans. Toutefois son territoire, celui de Sparte et de leurs alliés, n’excèdent pas le territoire d’une province de France ou d’Angleterre, d’une médiocre étendue ; mais après les victoires de Salamine et de Platée, ces petites républiques prennent dans notre imagination la gigantesque étendue de l’Asie, que les Grecs venaient de fouler de leurs pieds victorieux. Les sujets, au contraire, de l’empire de Byzance, qui prenaient et déshonoraient les noms de Grecs et de Romains, présentent une morne uniformité de vices abjects qui n’offrent ni l’excuse des douces faiblesses de l’humanité ni la vigueur et l’énergie des crimes mémorables. Les hommes libres de l’antiquité pouvaient répéter, avec un généreux enthousiasme, cette maxime d’Homère : « que le premier jour de son esclavage un captif perd la moitié des vertus de l’homme. » Cependant le poète ne connaissait que l’esclavage civil et domestique, et il ne pouvait prévoir que l’autre moitié des qualités du genre humain serait un jour anéantie par ce despotisme spirituel qui enchaîne les actions et même les