Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/190

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sur le trône de l’empire ; et comme au milieu du tumulte on ne put sur-le-champ trouver un serrurier, les fers demeurèrent sur ses jambes plusieurs heures après qu’on l’eut assis sur le trône des Césars. Ce fut sans profit pour le peuple que fut versé le sang royal qui avait été le prix de l’élévation de Michel. Il conserva sous la pourpre les vices ignobles de son origine, et on le vit perdre ses provinces avec la même indifférence que s’il les eût reçues de l’héritage de ses aïeux. Le trône lui fut disputé par Thomas de Cappadoce, le dernier des trois officiers objets de la prédiction faite à Bardane. Des bords du Tigre et des rives de la mer Caspienne, Thomas transporta en Europe quatre-vingt mille Barbares, avec lesquels il forma le siége de Constantinople ; mais tous les moyens temporels et spirituels furent employés à la défense de la capitale. Un roi bulgare ayant attaqué le camp des Orientaux, Thomas eut le malheur ou la faiblesse de se laisser tomber vivant au pouvoir du vainqueur. On lui coupa les pieds et les mains ; on le mit sur un âne, et au travers des insultes de la populace on le promena dans les rues qu’il arrosait de son sang : l’empereur assista à ce spectacle ; et d’après ce trait on peut juger jusqu’à quel point les mœurs étaient farouches et corrompues. Michel, sourd aux lamentations de son frère d’armes, s’obstinait à vouloir découvrir les complices de la rebellion ; mais un ministre vertueux ou coupable l’arrêta en lui demandant, « s’il ajouterait foi aux dépositions d’un ennemi contre ses amis les plus fidèles. »