Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/224

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seaux. Zoé suivit les volontés de l’eunuque ; elle adopta pour son fils le fils d’un ouvrier, et cet héritier étranger fut, en présence du sénat et du clergé, revêtu du titre et de la pourpre des Césars. La faible Zoé fut accablée de la liberté et du pouvoir qu’elle recouvra à la mort du Paphlagonien ; quatre jours après, elle plaça la couronne sur la tête de Michel V, qui lui avait promis, par des larmes et des sermens, d’être toujours le plus empressé et le plus obéissant de ses sujets. [Michel V, ou Calaphate. A. D. 1041. Déc. 14]Son règne dura peu, et ne présente d’autre fait qu’une odieuse ingratitude envers l’eunuque et l’impératrice, ses bienfaiteurs. On vit avec joie la disgrâce de l’eunuque ; mais Constantinople murmura, et enfin se plaignit hautement de l’exil de Zoé, fille d’un si grand nombre d’empereurs. On avait oublié ses vices, et Michel apprit qu’il survient une époque où la patience des plus vils esclaves fait place à la fureur et à la vengeance. Les citoyens de toutes les classes s’attroupèrent en tumulte, et cette redoutable sédition dura trois jours ; ils assiégèrent le palais, forcèrent les portes, tirèrent leur mère Zoé de sa prison, Théodora de son monastère, et condamnèrent le fils de Calaphate à perdre les yeux ou la vie. [Zoé et Théodora. A. D. 1042. Avril 21.] Les Grecs virent avec surprise deux femmes, pour la première fois, s’asseoir sur le même trône, présider au sénat et donner audience aux ambassadeurs des nations. Un partage si singulier ne dura que deux mois. Les deux souveraines se détestaient secrètement ; elles avaient des caractères, des intérêts et des partisans opposés. Théodora montrant