Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/25

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parfait des esprits crées, n’est ni contradictoire ni absurde. Durant l’époque de la liberté religieuse, à laquelle mit des bornes le concile de Nicée, chaque individu mesurait la divinité de Jésus-Christ d’après la règle indéfinie de l’Écriture, de la raison ou de la tradition ; mais lorsqu’on eut établi sa divinité sur les ruines de l’arianisme, la foi des catholiques se trouva suspendue sur les bords d’un précipice d’où elle ne pouvait s’éloigner, où il était dangereux de se tenir, et près duquel un faux pas devait effrayer. Le sublime caractère de leur théologie aggravait encore les divers inconvéniens de leur symbole. Ils hésitaient à prononcer que Dieu lui-même, la seconde personne d’une Trinité égale et consubstantielle, se fût manifesté dans la chair[1] ; qu’un être qui remplit l’univers eût été emprisonné dans le sein de Marie ; que les jours, les mois et les années de l’existence

  1. Cette expression énergique peut être justifiée par un passage de saint Paul (I Tim. III, 16) ; mais les Bibles modernes nous trompent. Le mot (lequel) fut changé à Constantinople, au commencement du sixième siècle, en θεος (Dieu). La véritable version évidente d’après les textes latin et syriaque, existe encore dans les raisonnemens des Pères grecs et des Pères latins ; et sir Isaac Newton a très-bien relevé cette fraude, ainsi que celle des trois témoins de saint Jean. (Voy. ses deux Lettres, traduites par M. de Missy, dans le Journal Britannique, tom. XV, p. 148-190, 351-390.) J’ai examiné les raisons alléguées de part et d’autre, et je souscris à l’autorité du premier des philosophes, qui était très-versé dans les discussions critiques et théologiques.