Page:Gide - De l’influence en littérature.djvu/32

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ne pas ressembler à quelqu’un d’autre ? Sa Phèdre est-elle diminuée parcequ’elle naquit, prétend-on, d’une influence janséniste ? Le xviie siècle français est-il moins grand pour avoir été dominé par Descartes ? Shakespeare a-t-il rougi de mettre en scène les héros de Plutarque ; de reprendre les pièces de ses prédécesseurs ou de ses contemporains ?

Je conseillais un jour à un jeune littérateur un sujet qui me paraissait à ce point fait pour lui, que je m’étonnais presque qu’il n’eût pas déjà songé à le prendre. Huit jours après, je le revis, navré. Qu’avait-il ? Je m’inquiétai… « Eh ! me dit-il amèrement, je ne veux vous faire aucun reproche, parce que je pense que le motif qui vous faisait me conseiller était bon, — mais pour l’amour de Dieu, cher ami, ne me donnez plus de conseils ! Voici qu’à présent je viens de moi-même au sujet dont vous m’avez parlé l’autre jour. Que diable voulez-vous que j’en fasse à présent ? C’est vous qui me l’avez conseillé : je ne pourrai jamais plus croire que je l’ai trouvé tout seul ». — Ah ! je n’invente pas ! — j’avoue que je fus quelque temps sans comprendre : — le malheureux craignait de ne pas être personnel.


On raconte que Pouchkine un jour dit à Gogol : « Mon jeune ami, il m’est venu en tête, l’autre jour, un sujet — une idée que je crois admirable — mais dont je sens bien que moi,