Page:Gide - L’Immoraliste.djvu/223

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été presque condamné pour cela, et qu’avant de m’avoir soigné, Marceline n’avait jamais été malade. Et je rejetai tout sur l’embolie, bien que le médecin n’y voulût rien voir qu’une cause occasionnelle et m’affirmât que le mal datait de plus loin. Il nous conseilla vivement le grand air des hautes Alpes, où Marceline, affirmait-il, guérirait ; et comme précisément mon désir était de passer tout l’hiver en Engadine, sitôt que Marceline fut assez bien pour supporter le voyage, nous repartîmes.

Je me souviens comme d’événements de chaque sensation de la route. Le temps était limpide et froid ; nous avions emporté les plus chaudes fourrures… À Coire, le vacarme incessant de l’hôtel nous empêcha presque complètement de dormir. J’aurais pris gaiement mon parti d’une nuit blanche dont je ne me serais pas senti fatigué ; mais Marceline… Et je ne m’irritai point tant contre ce bruit que de ce qu’elle n’eût su trouver, et malgré ce bruit, le sommeil. Elle