Page:Gide - L’Immoraliste.djvu/228

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bée, enveloppés jusqu’au cou de fourrures. Je rentrais le visage en feu, plein d’appétit, puis de sommeil. — Cependant je ne renonçais pas à tout travail et trouvais chaque jour plus d’une heure où méditer sur ce que je sentais devoir dire. D’histoire il n’était plus question ; depuis longtemps déjà, mes études historiques ne m’intéressaient plus que comme un moyen d’investigation psychologique. J’ai dit comment j’avais pu m’éprendre à nouveau du passé, quand j’y avais cru voir de troubles ressemblances ; j’avais osé prétendre, à force de presser les morts, obtenir d’eux quelque secrète indication sur la vie… À présent le jeune Athalaric lui-même pouvait, pour me parler, se lever de sa tombe ; je n’écoutais plus le passé. — Et comment une antique réponse eût-elle satisfait à ma nouvelle question : — Qu’est-ce que l’homme peut encore ? Voilà ce qu’il m’importait de savoir. Ce que l’homme a dit jusqu’ici, est-ce tout ce qu’il pouvait dire ? N’a-t-il rien ignoré de lui ? Ne lui reste-t-il