Page:Gide - L’Immoraliste.djvu/253

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d’autre ? Ce n’est plus, comme avant, une souriante harmonie… Je ne sais plus le dieu ténébreux que je sers. Ô Dieu neuf ! donnez-moi de connaître encore des races nouvelles, des types imprévus de beauté.

Le lendemain, dès l’aube, la diligence nous emmène, Moktir est avec nous. Moktir est heureux comme un roi.

Chegga ; Kefeldorh’ ; M’reyer… mornes étapes sur la route plus morne encore, interminable. J’aurais cru pourtant, je l’avoue, plus riantes ces oasis. Mais plus rien que la pierre et le sable ; puis quelques buissons nains bizarrement fleuris ; parfois quelque essai de palmiers qu’alimente une source cachée… À l’oasis je préfère à présent le désert… ce pays de mortelle gloire et d’intolérable splendeur. L’effort de l’homme y paraît laid et misérable. Maintenant toute autre terre m’ennuie.

– Vous aimez l’inhumain, dit Marceline. Mais comme elle regarde elle-même ! et avec quelle avidité !