Page:Gide - Principes d’économie politique.djvu/233

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non seulement pour les consommateurs, cela va sans dire — mais pour les producteurs eux-mêmes. Bien entendu, ils ne prétendent, pas leur prouver qu’il ne puisse y avoir excès de production dans telle ou telle industrie donnée, ni qu’un semblable excès ne doive être considéré comme un mal. Mais les économistes estiment, que, étant donné l’engorgement dans une branche quelconque de la production, le remède le plus efficace qu’on puisse apporter à ce mal, c’est précisément de pousser à un accroissement proportionnel dans les autres branches de la production. La crise résultant de l’abondance ne peut se guérir que par l’abondance elle-même, conformément à la devise d’une école célèbre en médecine : similia similibus. Ainsi tous les producteurs se trouvent intéressés à ce que la production soit aussi abondante et aussi variée que possible. Cette théorie est connue sous le nom de loi des débouchés. C’est J.-B. Say qui l’a formulée le premier et il s’en montrait très fier, disant « qu’elle changerait la politique du monde ». On peut l’exprimer de la façon suivante : les produits trouvent d’autant plus facilement des débouchés qu’ils sont plus abondants et plus variés.

Cette assertion, bien qu’en apparence assez paradoxale, doit être tenue pour bien fondée. Pour la comprendre, il faut faire abstraction de la monnaie et supposer que les produits s’échangent directement contre des produits, comme sous le régime du troc[1]. Supposons, par exemple, un marchand qui arrive sur un des grands marchés de l’Afrique centrale, à Ghadamés ou à Ségou : n’a-t-il pas intérêt à trouver le marché aussi bien approvisionné que possible de produits nombreux et variés ? Sans doute, il n’a pas intérêt à y rencontrer en quantité considérable la même marchandise que celle qu’il peut offrir, par exemple des fusils, mais il a intérêt à en trouver le plus possible de toutes les autres, ivoire,

  1. Cette abstraction est d’ailleurs parfaitement légitime, puisque nous venons de voir (p. 224) que nul n’échange des produits contre de l’argent que pour échanger ensuite, tôt ou tard, ce même argent contre d’autres produits et qu’ainsi l’instrument des échanges peut parfaitement, par la pensée, être éliminé de l’opération.