Page:Gilbert - Le Poète malheureux, 1772.djvu/5

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point l’avoir mérité : j’ai lu deux Pièces envoyées au concours, dont j’aurois vu couronner l’auteur avec plaiſir. Il en eſt ſans doute encore d’autres qui pouvoient être diſtinguées. Mais que parmi tant de rivaux, le Public nomme un vainqueur. Puiſque l’Académie garde le ſilence : c’eſt à lui ſeul de nous juger ; & ſa déciſion toujours juſte, vengera bien les offenſés.

Je ſais combien ma franchiſe va me ſuſciter d’ennemis ; je connois leur pouvoir : mais quand on a le courage de dire la vérité, on ſait ſouffrir avec conſtance tous les maux que peut nous cauſer cette noble audace. Un temps viendra peut-être où j’oſerai davantage. Je dirai que M. de Voltaire, Membre d’un Corps autrefois compoſé des Racine, des Corneille, des Dépréaux, &c. eſt pour la Poéſie Françaiſe ce que Séneque fut pour l’Éloquence Latine. Je dirai que ce Corps, fait pour donner l’exemple du bon goût, encourage tous les deux ans nos Auteurs à s’affranchir du joug de la rime, oubliant que jamais mauvais rimeur ne fut un bon poëte ; que le célèbre Fontenelle, qui connoiſſoit parfaitement les li-