Page:Gillet - Histoire artistique des ordres mendiants.djvu/179

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ration se trompe d’adresse. Les peintres du moyen âge n’étaient pas si grands clercs. Leur subtilité nous étonne : quand ils ne copient pas un livre, il y a toujours derrière eux un lettré penché sur leur épaule, qui leur souffle toutes leurs idées et leurs ingénieux symboles.

On n’a jamais su quel était l’auteur de ces peintures. Il y en a eu certainement deux, l’un qui a décoré médiocrement la voûte, l’autre — très supérieur — qui a illustré les murs. Au temps de Vasari, on les nommait sans hésiter Lippo et Simone Memmi, et on se plaisait à reconnaître dans leur œuvre les portraits des contemporains, Benoit XI, Henri VII, Philippe le Bel, Cimabue, Giotto, Pétrarque et Madame Laure en vert, une petite flamme entre les seins. Les ciceroni italiens ne sont jamais embarrassés. La critique moderne est devenue plus circonspecte. Le résultat est que nous ne savons plus rien [1].

Tout cela du reste est secondaire. Le point important est de savoir que le peintre, quel qu’il soit, est d’éducation et d’habitudes siennoises ; son œil, sa main ont toutes les mœurs de cette charmante école, le don de l’expression poétique, la tonalité délicate, la grâce des

  1. On attribue ces fresques, pour des raisons de style, à un certain André de Florence qui, au Campo Santo de Pise, a peint les trois premières « histoires » de la Vie de saint Ranieri. (Bonaini, Memorie inedite intorno a Francesco Traini, Pise, 1846, p. 104 ; Supino, Il Camposanto di Pisa, Florence, 1896, p. 121 et suiv.) Cet André est apparemment André Bonaiuti, que nous voyons mourir à Pise au mois de novembre 1377 (Milanesi, loc. cit., I, p. 554 ; Venturi, loc. cit., t. V, p. 815). Je pense toutefois, que l’on doit maintenir la thèse des deux auteurs : la voûte, si vulgaire, ne saurait être de la même main que les parties admirables que déploient les parois. Simone di Marlino est naturellement hors de cause, puisqu’il était mort en 1344, plus de dix ans avant que les peintures ne fussent commencées. Mais on a certainement affaire à son école. Vasari, comme il lui arrive, ne se trompe ici qu’à demi. Le xive siècle est le grand siècle de l’influence siennoise. Cet art luxueux triomphe à Naples, Rome, Assise, jusqu’à Padoue et en Avignon même. Le peintre de la Chapelle des Espagnols est, en dehors de Sienne, le meilleur héritier de l’art magnifique et délicat qui prélude en 1317 par la grande Maestà de Simone di Martino.