Page:Giraudoux - Amphitryon 38.djvu/192

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par leur amour mais séparés par leur race plus que par la haine, un rossignol et un crapaud, un saule et un poisson… Je m’arrête pour ne pas lui donner d’idées ! Moi qui mange avec moins de plaisir si tu te sers d’une cuiller quand j’ai une fourchette, lorsque tu respireras par des branchies et moi par des feuilles, lorsque tu parleras par un coassement et moi par des roulades, ô chéri, quel goût trouverai-je à la vie !

AMPHITRYON. — Je te joindrai, je resterai près de toi : la présence est la seule race des amants.

ALCMÈNE. — Ma présence ? Peut-être ma présence sera-t-elle bientôt pour toi la pire peine. Peut-être allons-nous à l’aube nous retrouver face à face, dans ces mêmes corps, le tien intact, le mien privé de cette virginité pour dieu que doit garder une femme sous tous les baisers du mari. Envisages-tu la vie avec cette épouse qui n’aura plus de