Page:Giraudoux - Simon le pathétique.djvu/177

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’., TRIOHPHI DU PATHÉTIQUI 169

gardais de toute allusion à notre intimité ; le petit fantôme soupçonneux qu’elle avait posté · derrière nous pouvait tout entendre. Bientôt, ne supportant plus cette fausse trêve qui nuisait à sa causé, Anne attaquait. Elle avait une intuition singulière de toutes mes imperfections, de toutes celles que j’avais vaincues ou que je • n’avais pas eu le temps de posséder. Elle distinguait aussi, impitoyablement, le point faible de mes qualités. Elle y faisait passer la plus’l lourde charge. Parfois je la sentais à l’afl’ût q d’une parole qui eût prouvé ma fausseté, mon hypocrisie. Nous étions d’ail1eurs les deux jeunes ’/ gens les plus francsldu monde, mais elle avait’j une sincérité de détail, qui la poussait à parler, 1 à avouer, à dire à son plus grand ennemi qu’en la minute précise elle l’aimait, au plus grand I ami quielle le haïssait ; et moi j’avais une sincérité d’ensemble, qui me poussait à composer, comme une œuvre d’haleine, et au prix de menus mensonges, chaque jour, chaque mois de franchise. Je me sentais si sur contre sa défiance que je n’en souffrais pas. Indifférent, je répondais à ses questions, ne faisant aujourd’hui aucune I « réticence, blâmant nettement celui-ci, louant hautement celui-là, vendant pour une fois ma È