Page:Gobineau Essai inegalite races 1884 Vol 2.djvu/112

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Lorsque les événements annoncés ne s’accomplissaient pas, on brûlait vivants les devins maladroits. La science des Enarées provenait, disaient-ils eux-mêmes, d’une disposition physique comparable à l’hystérie des femmes. Il est probable, en effet, qu’ils imitaient les convulsions nerveuses des sibylles. De telles maladies éclatent beaucoup plus fréquemment chez les peuples jaunes que dans les deux autres races. C’est pour cette raison que les Russes sont, de tous les peuples métis de l’Europe moderne, ceux qui en sont le plus atteints.

Cet être, rencontré par toutes les anciennes nations blanches de l’Europe sur l’étendue entière du continent, et appelé par elles pygmée, fad, genius et nar, décrit avec les mêmes caractères physiques, les mêmes aptitudes morales, les mêmes vices, les mêmes vertus, est évidemment partout un être primitivement très réel. Il est impossible d’attribuer à l’imagination collective de tant de peuples divers qui ne se sont jamais revus ni consultés, depuis l’époque immémoriale de leur séparation dans la haute Asie, l’invention pure et simple d’une créature si clairement définie et qui ne serait que fantastique. Le bon sens le plus vulgaire se refuse à une telle supposition. La linguistique n’y consent pas davantage ; on va le voir par le dernier mot qu’il faut encore lui arracher, et qui va bien préciser qu’il s’agit ici, à l’origine, d’êtres de chair et d’os, d’hommes très véritables.

Cessons un moment de lui demander quel sens spécial les Hellènes primitifs, peut-être même encore les Titans, attachaient au mot de pygmée, les Celtes à celui de fad, les Italiotes à celui de genius, presque tous à celui de nan et de nar. Envisageons ces expressions uniquement en elles-mêmes. Dans toutes les langues, les mots commencent par avoir un sens large et peu défini, puis, avec le cours des siècles, ces mêmes mots perdent leurs flexibilité d’application et tendent à se limiter à la représentation d’une seule et unique nuance d’idée. Ainsi Haschaschi a voulu dire un Arabe soumis à la doctrine hérétique des princes montagnards du Liban, et qui, ayant reçu de son maître un ordre de mort, mangeait du haschisch pour se donner le courage du crime. Aujourd’hui, un